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La conquête du toit

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Cela fait une quinzaine d’années que nous sommes intensément bombardés d’images d’une ville verte, et le phénomène va en s’intensifiant : publicités, films, expositions finissent par donner une réalité étrange à cette vision. Les perspectives d’architecture, à ce titre, sont assez révélatrices des obsessions de l’époque : une verdure fantasmée, nimbée de lumière, encadre une architecture toujours plus élusive, diaphane, de moins en moins « là ». En réalité, c’est un imaginaire particulièrement puissant qui est ici à l’œuvre : l’institution imaginaire de l’écologie comme salut du genre humain. Il influence désormais chacun de nos gestes et bien évidemment l’architecture n’y échappe pas.

On peut en penser ce qu’on veut. On peut aussi décider de la faire, de la construire après tout cette ville verte. Dans le cas de Paris, ville minérale, dense et dont la forme semble achevée depuis Haussmann, cela semble complexe. Le débat sur le grand Paris, qui a finalement accouché d’un projet de métro géant étendant l’agglomération au territoire d’une région, n’a pas comblé les tenants de la ville verte. Il reste l’idée de végétaliser la ville en l’état, de la conquérir et en particulièrement de conquérir ses toits. Si bizarre que cela paraisse, il s’agit là d’une réserve foncière, celle de la densification « par le haut » alors que l’étalement horizontal a montré ses limites. Le Plan Local d’Urbanisme établi il y a dix ans va dans ce sens, et aussi la pression immobilière qui voit là des mètres carrés précieux. L’aspiration légitime de chacun à bénéficier d’un peu de verdure dans son habitat, pourrait se concrétiser dans de nouveaux projets de toits rendus accessibles, habitables et végétalisés. Plutôt que de procéder au coup par coup et à l’échelle des individus, on pourrait y introduire la notion politique des toits partagés à l’échelle des copropriétés, voire des quartiers. Un sorte d’espace public suspendu, que l’on pourrait aussi parcourir au moyen d’axes ou de promenades qui restent à inventer.

Equipements sportifs, culturels, jardins, potagers, crèches pourraient prendre place sur les toits parisiens qui sont actuellement un réservoir méconnu de possibilités. La technique, le financement suivront si l’imaginaire est assez puissant.